Sommaire
Méditation éthique: que peut le corps d’un psychologue ?
Interdire et désirer (autre méditation)
QUIZZ : psychologues, testez vos connaissances dans le domaine de la loi
Les bonnes (et mauvaises) raisons de se taire (ou s’abstenir d’écrire)
Les bonnes (et mauvaises) raisons de parler ou d’écrire
Le secret professionnel des psychologues
Le secret professionnel, étude de cas
Les fonctionnaires sont-ils tenus au secret professionnel ?
Tableau à télécharger : « Secret professionnel et obligation de révéler »
La notion, ô combien problématique, de « secret partagé »
L’examen psychologique en tant que « traitement de donnée à caractère personnel »
[d’autres articles sont en préparation]
Présentation
Au moment où je mets fin à ma carrière de psychologue de l’Éducation nationale, je pense utile de publier quelques résultats de mon expérience professionnelle. Ces semaines qui suivent mon départ sont les plus propices à cette rédaction. Plus tard, mes souvenirs déformeront la réalité, l’oubli fera ses ravages et, surtout, le monde continuera de tourner, amoindrissant l’intérêt de mon expérience.
Leçons tirées de la pratique
Pratiquer la psychologie dans le milieu éducatif m’aura motivé à travailler sur des thèmes divers. Je me considère comme un travailleur, c’est-à-dire un producteur de richesses. Les unes sont immédiates — des interventions, des expertises, des entretiens — visant des effets concrets sur des situations réelles. Les autres sont différées, résultant d’une prise de recul, au fil des réussites et des échecs à la lumière des référents théoriques sur lesquels je m’appuyais, ainsi que ceux que j’ai fini par élaborer moi-même, en quantité infime, mais utiles.
En communiquer quelque chose relève du devoir. J’ai touché des salaires et je vais maintenant entamer une période de superbe liberté. J’ai reçu de la société les moyens de vivre et de créer. Celles et ceux[1] qui travaillent encore ont le droit de tirer bénéfice de mon expérience et de mes réflexions. Je leur dois ça, pas seulement parce que leurs cotisations sociales assurent le confort de ma pension. Je le leur dois parce que mes succès et mes errements, même les plus pathétiques et les plus stupides, ne sont pas ma propriété exclusive. Ces femmes qui exercent le beau métier de psychologue, ainsi que les quelques hommes qui s’y sont aventurés, ont le droit de connaître certains pièges dans lesquels elles·ils peuvent se dispenser de tomber, ainsi que certaines voies royales du bonheur professionnel. Concernant ces voies royales, je n’en ai pas découvert beaucoup, certes, mais suffisamment pour que cela vaille la peine d’en parler.
Le travail comme souffrance et comme plaisir
Ces bonnes expériences sont indissociables de leur contraire, celles qu’on range sous le signe de souffrance au travail. Je l’ai éprouvée au point de considérer que la formule relevait du pléonasme. Il n’y a de souffrance qu’au travail et il n’existe guère de travail sans souffrance. Les autres souffrances, privées, amoureuses, artistiques, que sais-je ? ne sont rien au regard que celles qui nous affectent exactement dans cette sphère qui est celle de notre utilité sociale.
Nous en parlerons, et je montrerai que cette notion de souffrance, comme celle de burn-out, ces notions bien commodes en ce qu’elles rendent compte de réalités tangibles, doivent être dépassées. Ce sont des épiphénomènes au regard de ce qui vaut la peine qu’on en parle, à savoir la dimension conflictuelle du travail. Tout travail transforme quelque chose, fait violence et subit en contrecoup de la violence. On ne peut que souffrir au travail. La question est : comment y survivre et comment laisser, quand on quitte cet univers du travail, quelque chose d’utile, de pertinent, de joyeux, qui donne à celles et ceux qui vont encore travailler matière au désir ?
Il s’agit de faire face aux vérités qui dérangent et cesser d’esquiver. Assumer les conflits, c’est considérer que certaines expériences douloureuses ont une valeur initiatique. Ce dont nous souffrons résulte de l’inscription de notre travail dans la société telle qu’elle est. Comment cesser de souffrir, ne plus subir. L’humanité aime à se souvenir de ses luttes, écrivait le dramaturge Bertolt Brecht. Toutes valent la peine qu’on les examine, perdues ou victorieuses, petites et grandes, y compris ces micro-luttes invisibles urgentes à écrire.
Écrire…
J’écris mû par la conviction que la chose en vaut la peine. Mes lectrices et mes lecteurs y trouveront de l’intérêt et aussi, je l’espère, matière à critique. L’écriture d’un site ressemble à celle d’un livre, à trois différences près. La première c’est que le filtre de l’édition est contourné (pour le meilleur et le pire). La seconde, c’est d’avoir par-dessus son épaule, presque simultanément à l’acte d’écrire, des lecteurs déjà présents, attentifs, indifférents ou critiques. La troisième, c’est que je garde la liberté de remanier indéfiniment mon texte, sans rature ni surcharge. Et il ferait beau voir que je m’en prive.
Je me lance donc dans la création de ce site avec l’idée que j’ai deux ou trois choses à transmettre. Il faut que je fasse vite, que je mette à profit mon Götterdämmerung, le crépuscule des dieux qui s’agitent encore en moi, avant la nuit qui vient…
… Je le fais avec un plaisir que j’espère communicatif. D’où vient ce plaisir ?
D’abord de la méthode. Contrairement à mes habitudes, j’abandonne l’écriture linéaire de droite à gauche et de haut en bas pour des trajectoires en diagonale, en spirale et en boustrophédon. Je commence l’ébauche d’une page qui renvoie à une autre que je rédige in extenso et qui m’oblige à en amorcer une autre avant de revenir à la précédente. J’introduis des liens hypertexte internes et externes, j’anticipe sur des pages non écrites puis modifie des pages achevées. Il en résulte un jeu de réversibilité qui est le contraire de ce temps vécu entropique et désespérant qui mène à la mort. C’est un temps de création, de naissance, de foisonnement.
Ensuite des contenus. Les sujets que j’aborde sont de ceux qui font souffrir et jouir les psychologues au travail, et que l’on me croie sur parole, j’en sais quelque chose pour y avoir laissé quelques livres de chair. L’exercice consiste à faire abstraction de ces barbaques sanguinolentes à la faveur d’un travail d’abstraction, de digestion intellectuelle, de recul, extraire l’essentiel. Aller de la singularité de mon expérience à ce qui peut prendre valeur d’idée au sens universel.
Et enfin d’une contrainte que je me fixe : le sérieux. Je ne détiens pas la vérité, mais je revendique l’une des conditions nécessaires à la vérité qui est la rigueur intellectuelle. Je m’astreins à une ascèse monacale quasi masochiste. Ne jamais asséner de vérité que je ne sache démontrer. Citer les sources. M’exposer à la critique et y répondre quand elle se présente. Rester insensible aux vexations, ou plus exactement, car enfin je ne suis pas de bois, en faire abstraction dans mon effort de vérité. Concéder aux nabots la virtuosité polémique et abandonner aux maîtres-sots la jouissance du dernier mot. Offrir à la lectrice (ou au lecteur s’il s’en trouve) cette chose que j’aime : un banc sur une colline, un point de mire, la possibilité d’une parallaxe sur le monde vu d’un peu plus haut.
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Ce site aura pour principale utilité d’aider les psychologues à mieux connaître et comprendre les lois qui réglementent leur exercice professionnel. La complexité de la tâche provient du fait qu’il existe très peu de lois spécifiques s’adressant aux psychologues, alors que pratiquement toutes leurs activités sont soumises à des règles. Leur ignorance peut vous exposer à des poursuites pénales.
Je précise que je ne suis pas juriste. Ma connaissance des lois est intégralement autodidacte. Je ne prétends à aucune autorité. La lectrice ou le lecteur sceptique quant aux résultats de mes recherches pourra facilement (ou au prix d’un certain travail) vérifier par ses propres moyens, notamment en consultant le site LEGIFRANCE, référence officielle en la matière. J’ai connu une époque où pour se mettre au clair avec des points de droit, il fallait écumer plusieurs bibliothèques sans jamais être certain de consulter les documents les plus à jour. Aujourd’hui, tout un chacun peut sur son ordinateur ou son smartphone consulter les sources les plus fiables du droit positif (c’est-à-dire la version la plus récente des textes en vigueur). C’est très facile. Ce qui est moins facile, c’est de prendre le temps de bien lire et d’en tirer les conséquences. Je n’ai donc pour seule prétention que de faire profiter mes lectrices et lecteurs de ce travail de débroussaillage qui ne dispense personne d’exercer son esprit critique.
Aider à connaître les lois, mais aussi donner des pistes de réflexion éthique. Pas plus que de loi il n’y a d’éthique spécifique de la psychologie. Je puise aux sources les plus générales : Spinoza, Kant, Nietzsche… et bien d ‘autres — au moment où je rédige cette présentation je suis encore dans une phase de recherche.
Notes
[1] J’ai décidé, après quelques hésitations, de pratiquer ce qu’on appelle la grammaire inclusive. Je voudrais que l’on mesure mon mérite à renoncer au confort de la grammaire traditionnelle où le masculin l’emportait sur le féminin. Indépendamment du genre masculin dont je relève de par mes chromosomes, mes caractères sexuels primaires et secondaires, de mes hormones et de mon psychisme, j’étais totalement adapté aux arcanes des accords grammaticaux déjà très compliqués de la langue française. Avec la grammaire inclusive, ça va relever de l’acrobatie. Donc, c’est fait pour moi. Les hommes, les vrais, les mecs qui n’ont peur de rien, pratiquent la grammaire inclusive. Il faut être con·nne comme un·e académicien·ne pour reculer devant la complexité de la tâche.
